Un livre sur la productivité m’a surtout appris à en faire moins

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Le livre sur la productivité était ouvert près de mon mug ébréché, et ma to-do list ne tenait plus que sur trois lignes. Ce jeudi matin, à 8h47, j’étais seule devant mon bureau en région parisienne, avec la tâche que je fuyais depuis 11 jours. Je l’avais acheté chez Shakespeare and Company, un soir où je pensais encore pouvoir tout caser.

Le silence autour de la feuille m’a presque gênée. J’ai regardé cette page comme si elle me demandait de choisir enfin. Puis j’ai compris que j’allais devoir faire moins, pas plus, et cela m’a vraiment déstabilisée.

J’étais déjà noyée dans mon boulot quand j’ai commencé ce livre

Je lisais ce livre entre un mail de la rédaction et un message de mon aînée sur son chargeur disparu. J’ai appris à tenir plusieurs fils, mais ce matin-là, j’en avais trop dans les mains. Avec mes deux grands enfants, les repas tardifs et les relectures du soir, mes journées se tassaient sans ménagement.

Mes journées commençaient dans un onglet, glissaient dans un autre, puis dans une réunion de 20 minutes qui en durait 48. Je passais d’un commentaire d’article à un tableau de suivi, puis à une réponse relue trois fois. À 16h30, j’avais par moments quinze bascules derrière moi, et ma tête donnait l’impression d’être en miettes.

J’avais déjà tenté les listes qui débordent, les applis qui clignotent et les codes couleur. J’étais restée fidèle à un système propre en surface, mais rien ne sortait vraiment. Je déplaçais les tâches, je les entourais, je les renvoyais au lendemain.

J’ai été convaincue par l’idée qu’il fallait trier plus rudement. J’espérais une journée moins hachée, un peu d’air, et surtout finir sans cette petite honte du soir. Je voulais fermer mon ordinateur sans sentir ma nuque tendue jusqu’aux épaules.

La première semaine, j’ai passé plus de temps à trier qu’à avancer

Le lundi matin, je suis partie d’un tri brutal. J’ai vidé ma to-do list sur la table de la cuisine, entre deux tasses sales et un paquet de pâtes à moitié ouvert. J’ai gardé trois tâches, pas une. L’une était ce dossier impossible que je repoussais depuis 19 jours.

Le vide m’a sauté au visage. La page avait l’air presque nue, et pourtant le gros dossier pesait plus que tout le reste. En l’isolant, j’ai compris pourquoi je l’évitais. Il n’avait rien d’urgent au sens du jour, mais il bloquait mon esprit depuis des semaines.

J’ai eu honte, franchement. Sans la longue liste, j’avais l’impression de tricher. J’avais enlevé la moitié de mes petites tâches, et je me demandais si je travaillais encore sérieusement. J’ai hésité à remettre deux réunions dans l’après-midi, juste pour retrouver le bruit habituel.

J’ai limité ma boîte mail à trois créneaux, 9h10, 13h40 et 17h20. Le premier jour, j’ai noté le nombre d’ouvertures sur un carnet noir : 4 seulement, au lieu d’une dizaine. J’ai senti mon attention se tasser moins vite.

La vraie difficulté est venue du reste. Au bout de 42 minutes sur le gros dossier, j’avais envie d’aller voir un message ou de ranger ma table. Après 15 bascules dans la journée, ma tête était molle. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

sur un livre sur la productivité m’a, j’ai dû admettre mon erreur sans un vrai changement d’habitudes

Le mercredi après-midi, j’ai laissé ma boîte mail ouverte pendant que j’avançais sur le dossier principal. Une réponse est tombée, puis une autre. À 15h12, j’avais déjà passé 6 heures et 20 minutes sur du réactif. Je n’avais pourtant pas touché à la partie qui comptait.

Là, j’ai compris que faire moins ne suffisait pas. Si j’acceptais les interruptions, le vide se remplissait aussitôt. Le problème n’était pas la quantité de tâches, mais la manière dont je laissais les portes ouvertes.

J’ai repris avec trois priorités nettes par jour. J’ai bloqué deux plages de 70 minutes sans interruption, téléphone retourné, notifications coupées. Le premier créneau m’a paru raide, presque sec. Pourtant, j’ai avancé d’un trait sur une note que je traînais depuis 9 jours.

Le mot qui m’a servi, c’est attention residue. Je l’ai compris comme cette poussière mentale qui reste après chaque changement de sujet. Quand je ferme un dossier avant d’en ouvrir un autre, je termine enfin la phrase dans ma tête. Sinon, je garde le mail précédent collé aux doigts.

Au fil des semaines, j’ai trouvé un équilibre entre faire moins et avancer enfin

Deux semaines plus tard, je livrais plus vite. Un texte qui me prenait 3 heures sortait en 2 heures 10, parce que je ne revenais plus dessus toutes les 12 minutes. J’avais aussi moins de fautes d’inattention dans les titres et les chiffres.

Le plus étonnant, c’était la fin de journée. Je fermais l’ordinateur sans ce brouillard qui me collait d’habitude au front. Je me suis retrouvée à lire un chapitre le soir, sans relire trois fois la même page. Cela m’a fait drôle, presque trop calme.

Une semaine, j’ai rempli mon agenda au cas où. Trois réunions ajoutées en doublon, deux appels placés très tard, et zéro marge. Le retour du stress a été immédiat. J’ai recommencé à courir derrière ma boîte mail comme derrière un bus.

J’ai fini par voir ce que je refusais au départ. Le temps vide n’est pas du temps perdu. C’est l’espace qui laisse une vraie tâche respirer. Sans lui, je retombe dans le morcellement.

Je crois que cette façon de faire tient mieux chez une personne qui accepte de protéger son agenda avec des plages fermées. Elle demande plus d’entêtement que d’outils. Si la journée est saturée de demandes imprévues, elle devient vite inconfortable.

Ce que cette expérience m’a vraiment appris, au-delà du livre

Au fond, cette expérience m’a appris que faire moins commence par supporter le vide. Les deux premières semaines, j’ai surtout appris à ne pas remplir les trous tout de suite. J’ai découvert un inconfort très net, presque physique, quand la liste ne débordait plus.

Ce que je referais, c’est garder le tri rude, les trois priorités et les créneaux mail. Je referais aussi les blocs de 70 minutes, parce qu’ils m’ont donné des journées plus nettes. Ce que je ne referais pas, c’est croire qu’un beau système tient sans vigilance autour.

Si la surcharge déborde au point de me faire perdre le fil, je lève le pied et je reprends le tri plus tard. Là, je parle seulement de mon organisation. J’ai appris à distinguer une journée trop pleine d’un vrai point de blocage.

J’ai aussi compris que je n’avais pas besoin de remplir mon agenda pour me sentir utile. Ce silence soudain dans ma to-do list, ce vide presque oppressant, c’était comme si mon cerveau cherchait à fuir le seul chantier qui comptait vraiment. Je l’ai lu dans Deep Work, de Cal Newport, puis je l’ai vécu à ma table, avec mon carnet et mon stylo.

Avec mes trois priorités et mes plages fermées, j’ai vraiment vu la différence dès la deuxième semaine. Un agenda saturé résiste au début; le mien a fini par se calmer. J’ai refermé ce chapitre avec moins d’agitation et l’impression nette d’avoir enfin repris la main.

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