Tenir un carnet de lecture a rendu mes synthèses enfin utiles

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Le carnet de lecture Moleskine a glissé sous ma paume, et le livre Leaders Eat Last restait ouvert devant moi. Ce soir-là, à 19 h 30, je voulais tirer 3 ou 4 idées réutilisables sans rouvrir tout le livre. Je me suis retrouvée face à un mille-feuille confus de traits jaunes, de notes serrées et de pages que je ne relisais plus. J’ai été frappée par le vide entre ces marques.

Je pensais maîtriser le livre après l’avoir surligné, mais ça s’est vite compliqué

Installée en région parisienne, mariée, avec deux grands enfants, je lis entre deux journées de rédaction et des fins de repas qui traînent. Je sais que je n’ai jamais assez de temps pour relire un essai entier. Alors je cherche tout de suite les passages qui peuvent servir à un article ou à une synthèse.

Au début, je surlignais partout. Puis je recopiais une citation entière dans mon carnet, sans la distinguer de mon propre avis. J’ai été convaincue que ces pages bariolées prouvaient ma compréhension. En réalité, je regardais surtout mes traits fluo avec satisfaction. Je me suis retrouvée à croire que tout était acquis. Quelques jours après, l’argument s’était déjà évanoui.

La première fois que j’ai voulu écrire une synthèse pour un article, j’ai ouvert mon carnet et j’ai bloqué. Je tournais les pages avec le pouce taché de jaune, puis je relisais la même page trois fois sans avancer. Il n’y avait ni page notée, ni hiérarchie, ni phrase simple. Je me suis retrouvée avec une masse de bribes, pas avec une idée. J’ai perdu 12 minutes à feuilleter le livre pour retrouver une citation de deux lignes.

J’avais bien entendu parler de Notion et d’Evernote. J’ai laissé ça de côté, persuadée que mon carnet papier suffirait. Je suis partie du principe qu’un beau cahier ferait le travail à ma place. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Le jour où j’ai compris que mes notes brutes ne suffisaient pas pour écrire

Le dimanche après-midi, livre ouvert à gauche, carnet ouvert à droite, j’ai essayé de rédiger la synthèse en une fois. Je séparais mal ce que disait l’auteur, ce que je retenais et ce que je voulais écrire. Le geste frustrant de relire plusieurs fois la même page sans avancer m’a agacée au point de taper du bout de l’ongle sur la table. Je me suis sentie coincée dans mes propres notes.

Le pire, c’est que certaines citations n’avaient plus de contexte. Sans numéro de page écrit à la main, je ne savais plus d’où venait la phrase. J’ai passé 12 minutes à feuilleter le livre pour retrouver un exemple de chapitre. À chaque feuillet, je pensais tenir la bonne page, puis ce n’était pas la bonne. Ce manège m’a lassée.

J’avais aussi mélangé un résumé et mon opinion dans la même ligne. J’avais écrit, juste après le passage, « trop lisse, pas assez concret », puis le résumé du paragraphe. Je ne savais plus ce qui venait de l’auteur. Je ne savais plus ce qui venait de moi. J’étais sûre de moi au moment de noter. Je l’étais beaucoup moins au moment d’écrire.

J’ai hésité à tout laisser tomber ce jour-là. J’avais envie de fermer le carnet et de passer à autre chose. Mais je savais aussi que je referais le même blocage au livre suivant. J’ai été frappée par ce cycle bête, presque mécanique. Alors j’ai changé la règle.

J’ai commencé à séparer citation, idée de l’auteur et ma réflexion, et ça a beaucoup fait bouger les choses

Dès le chapitre suivant, j’ai tracé trois colonnes sur une page propre. À gauche, la citation. Au centre, l’idée de l’auteur en une phrase simple. À droite, ma réflexion ou l’usage dans mon travail. J’ai pris un stylo bille bleu et j’ai laissé le reste de la page vide. La première fois, j’ai même écrit le numéro de page à la main, bien en marge. Ce détail m’a paru bête, puis il m’a sauvée du flou.

Sur un chapitre sur la délégation, j’ai noté page 84, puis j’ai reformulé en langage simple. J’avais gardé une seule citation courte. En dessous, j’ai écrit ce que j’en retenais pour un futur article. Enfin, j’ai ajouté une ligne sur mon propre angle. La note tenait en 3 lignes. C’était net, presque austère, mais je m’y retrouvais enfin.

Très vite, j’ai vu la différence au moment d’écrire. Je retrouvais le fil de l’argument sans rouvrir le livre entier. Au lieu de passer 40 minutes à recoller des fragments, je repartais d’une page ordonnée. Je savais où était la citation, où était le résumé, où était mon angle. J’ai appris que la clarté gagne quand la page est divisée sans chichi.

J’ai ajouté un petit index thématique au bout du carnet. J’y notais leadership, stratégie, organisation du travail, et par moments une simple date. Les marges se remplissaient de mots-clés, pas de phrases longues. Certaines pages restaient presque vides. D’autres étaient saturées. C’étaient celles que je réutilisais le plus. Quand je les rouvrais, j’avais l’impression de revoir le squelette du livre.

Je gardais aussi en tête une règle simple: 3 idées clés, 1 citation, 1 usage concret. Dès que je voulais tout garder, la page se chargeait trop. Le carnet grossissait, puis il devenait difficile à exploiter. J’ai fini par enlever des notes plus que j’en ajoutais. C’est là que j’ai commencé à respirer devant mes lectures.

ce qui a marche, et ce que j’oublie, et ce que je referais ou pas

Avec le recul, j’ai compris qu’il fallait écrire la mini-synthèse tout de suite après le chapitre. Pas à la fin du livre. Pas deux jours plus tard. Quand je laissais passer la soirée, les nuances du début glissaient déjà. La phrase courte gardait mieux la couleur du passage.

Un soir, je suis rentrée avec un vieux carnet glissé dans mon sac. Il datait de 6 mois. Les pages avec page, contexte et reformulation tenaient encore debout. Les autres ressemblaient à des griffonnages fatigués. J’ai été frappée par cette différence très nette. La demi-page bien tenue valait mieux que 10 pages dispersées.

Je ne vais pas prétendre que cette méthode va vite. Elle ralentit la lecture. Par chapitre, je passe 7 minutes, par moments 12 sur un passage dense. Et il m’arrive de m’agacer quand je sens mon rythme cassé. Mais j’ai aussi gagné une vraie tenue dans mes synthèses. Pour un agenda chargé, ce n’est pas léger.

Chez les cadres, les entrepreneurs et celles qui écrivent après lecture, le carnet structuré a sa place. Pour une lecture plaisir du soir, je le trouve trop lourd. Dans ce cas, je garde juste quelques mots en marge. Je ne sais pas si cela vaut pour tout le monde, et je ne le prétends pas. Pour les outils numériques plus poussés, je n’ai pas tout testé, alors je reste sur ce que je connais le mieux.

J’ai essayé Evernote un temps, puis je suis revenue au papier. Le tactile m’aide davantage. Je vois mieux une page avec trois couches qu’un écran plein d’étiquettes. À la fin, mon bilan reste simple. Ce carnet m’a rendue plus précise, moins dispersée, et plus honnête face au livre. Quand je pense à Moleskine et à Leaders Eat Last, je revois surtout cette page propre qui m’a enfin donné prise.

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