Bâcler mes notes de lecture m’a fait réapprendre les mêmes idées

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Mes notes de lecture clignotaient sur l’écran, à côté d’une tasse de thé refroidie et du chapitre de *Leaders Eat Last* ouvert sur mon bureau. J’avais passé deux heures à polir mes fiches, puis j’ai rouvert le brouillon griffonné en cinq minutes la semaine précédente. C’est lui que j’ai choisi pour une présentation tendue, devant trois collègues et un client impatient, dans une salle de réunion en région parisienne. J’avais déjà perdu 187 euros dans des impressions et des corrections, et je me suis retrouvée à préférer le papier sale au document soigné.

Le jour où j’ai compris que mes notes impeccables ne servaient à rien

Dans mon bureau, un soir de semaine chargée, j’ai sorti ma méthode habituelle. Je surlignais large, puis je passais sur mon ordinateur pour remettre de l’ordre. Titres, couleurs, police, retrait, tout y passait. Je sais que je peux me laisser séduire par une page bien rangée. Ce soir-là, j’ai été convaincue que la forme allait compenser le fond. J’avais même recopié plusieurs citations mot à mot, comme si la beauté du fichier pouvait faire le travail à ma place.

L’erreur était là, et elle était bête. Je suis partie de l’idée qu’il fallait tout garder, sans reformuler, sans synthèse, sans choisir. J’ai recopié des pages entières de résumé mot à mot, puis j’ai ajouté deux titres rassurants. Sur le moment, je me suis dite que je ne perdais rien. En réalité, je fabriquais une seconde version du livre, mais moins vivante. La couleur donnait une impression de maîtrise, pas une compréhension. J’ai surligné un chapitre entier en jaune, puis en vert, puis en rose, comme si le code allait finir par parler tout seul.

Quand j’ai relu ces notes, j’ai été frappée par un drôle de vide. Je reconnaissais les phrases, presque ligne par ligne. Je ne pouvais pas les expliquer sans rouvrir le livre entier. Mes yeux étaient fatigués, et la lumière de l’écran me piquait encore quand je fermais le fichier. J’avais passé près de 40 minutes à chercher une idée simple que j’avais pourtant surlignée la veille. Pas terrible. Vraiment pas terrible. Le pire, c’est que je croyais avoir appris le chapitre, alors que je n’avais gardé qu’un décor.

Le détail qui m’a fait rire jaune, c’est le marque-page coincé à la bonne page. La note à côté commençait par « important », puis plus rien. J’avais aussi laissé « à creuser » en bas d’une page, sans suite, sans contexte, sans usage précis. Trois couleurs, un marque-page, une mise en page propre, et zéro fil pour retrouver l’idée. Je me suis sentie idiote, parce que je savais déjà que je venais de perdre du temps pour rien.

Trois semaines plus tard, la surprise des brouillons moches qui fonctionnent mieux

Trois semaines plus tard, en préparant une autre présentation, j’ai retrouvé un carnet tout tordu dans un tiroir. Il contenait des brouillons griffonnés après la lecture, avec une idée par paragraphe, une phrase simple et un exemple concret tiré d’un projet en retard. J’avais noté ça entre deux appels, sans chercher à faire joli. Dans une réunion à 8 h 45, ces pages bancales m’ont rendue service en quelques secondes. J’ai relu une ligne, puis j’ai su quoi dire.

La différence avec mes fiches propres m’a sauté au visage. Dans le carnet moche, je retrouvais le principal sans tourner autour. Une idée, une image, un cas vécu, puis la suite. Avec les fiches soignées, je devais fouiller, scroller, hésiter, relire trois fois. Sur ce point, j’ai fini par lâcher l’affaire. Le brouillon cassé m’a paru bien plus net que mon fichier impeccable, parce qu’il me parlait encore dans ma langue. Résultat,est simple : une note utile doit pouvoir se relire en trente secondes.

Ce jour-là, j’ai vu le temps perdu sans me mentir. J’avais mis des heures à fabriquer des pages jolies, puis j’avais réappris les mêmes idées trois semaines plus tard. Le brouillon, lui, me rendait la main. Je l’ai montré à un collègue dans le couloir, et je n’ai pas eu besoin de relire le livre pour expliquer le principe. J’avais gaspillé 2 heures sur la forme, alors qu’une note plus brute me donnait de la clarté et un peu de calme.

Le geste a changé tout seul. Après chaque lecture, je griffonnais vite, sur une feuille pliée ou dans un carnet rayé, sans me soucier de l’alignement. Je laissais les ratures, les flèches, les mots barrés. Le résultat était moins beau, mais je retrouvais mes idées avec une fluidité que je n’avais jamais eue dans mon dossier trop propre. Je suis devenue méfiante devant les pages trop lisses. Elles m’avaient déjà fait perdre assez de soirées.

Ce que j’aurais dû faire et ce qu’on ne te dit pas sur les notes de lecture

Ce que j’aurais dû faire, c’était un petit protocole de lecture, avec une mini-synthèse immédiate après la lecture. Pas dix pages. Pas une copie du chapitre. Juste trois blocs simples, que j’ai fini par trouver par tâtonnement : idée, citation, application. Une phrase personnelle pour dire ce que j’avais compris. Une citation courte pour garder le rythme du livre. Puis un exemple concret, lié à un entretien, à un recrutement ou à une réunion client. Depuis, quand je relis un chapitre de management, je cherche d’abord ce que je pourrais réutiliser dans ma journée, pas ce qui sonne le mieux sur la page.

Les signaux d’alerte, je les ai vus trop tard. La note trop longue me donnait l’impression d’être sérieuse, alors qu’elle devenait un second livre. Le surlignage massif me rassurait, puis ne servait plus à rien. Les formulations floues, prises trop tôt, mélangeaient des idées qui auraient dû rester séparées. Et quand je notais plusieurs jours après la lecture, mes exemples se confondaient. J’écrivais vite, mais je perdais la netteté du raisonnement. C’était le cas avec un chapitre lu un soir, puis repris après deux réunions et un train raté.

  • notes trop longues, au point de ressembler à un second livre
  • surlignage massif sans hiérarchie claire
  • notes prises plusieurs jours après la lecture, quand le souvenir avait déjà décroché

J’ai aussi compris un détail que je négligeais. Quand je date une note, je sais tout de suite d’où elle vient. « Réunion client du 12/03/23 » me parle plus qu’une page sans repère. Sans ça, je pouvais passer 20 minutes à chercher une phrase notée dans un dossier, sans savoir si elle venait d’un livre de stratégie ou de leadership. Le mot juste n’était pas perdu, mais le contexte, oui. Et sans contexte, la note restait immobile.

Ce que j’ai retenu, et pourquoi aujourd’hui je privilégie la simplicité à la beauté

J’ai appris quelque chose que je refusais de voir. La note utile est celle qui me fait gagner du temps, pas celle qui remplit bien une page. Depuis que je lis des essais de management, j’ai remarqué que la simplification demande plus de discipline que la décoration. je dois choisir, couper, reformuler, puis accepter qu’une page un peu sèche serve mieux qu’un carnet élégant. Quand je relis mes vieux dossiers, je vois la différence tout de suite. Les pages trop propres me donnent un air studieux, mais elles ne m’aident pas à préparer une réunion.

Je regrette surtout le temps que j’ai laissé filer. Pendant des mois, j’ai cru que la mise en page soignée suffisait. À chaque nouveau livre, je retrouvais les mêmes idées comme si c’était la première fois. C’était absurde. J’avais déjà lu le sujet, annoté le sujet, classé le sujet, puis je recommençais encore. J’ai été convaincue trop longtemps que la beauté du fichier comptait plus que sa mémoire. En vérité, elle me faisait perdre le fil et me renvoyait au point de départ.

Ce que j’aurais voulu savoir avant, c’est qu’il vaut mieux écrire pour soi, avec un exemple réel, même banal. Une réunion difficile avec mon aîné qui m’a rappelée à l’ordre sur ma façon de parler du travail, un projet qui avait pris du retard, une phrase entendue au dîner avec mon mari et mes deux grands enfants, tout cela m’aide plus qu’une citation recopiée proprement. Je ne sais pas si tout le monde fonctionne pareil. Moi, j’ai découvert ça en laissant tomber l’illusion d’un carnet parfait. Pour quelqu’un qui accepte de relire moins et de noter plus nu, la note courte tient mieux dans le temps.

J’ai compris que mes notes étaient des photocopies sans âme, alors que mes brouillons griffonnés étaient des cartes au trésor. C’est le genre de chose que j’aurais voulu saisir avant de passer des soirées entières sur des pages trop sages, puis de rouvrir *Good to Great* comme si je ne l’avais jamais lu. Si j’avais su, j’aurais laissé la marge sale, le mot barré et la phrase bancale. J’aurais évité ces 187 euros perdus pour rien, et surtout cette impression pénible de réapprendre les mêmes idées encore une fois.

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